juif

EDITORIAL Si les Français juifs vivent dans la crainte, la République est-elle encore elle-même ? On sait bien que non. L’angoisse ressentie par nos compatriotes juifs nous touche au cœur. C’est une urgence nationale que de la dissiper.
Disons-le tout de suite pour éviter les malentendus : si une autre religion était ainsi contrainte de supporter la crainte quotidienne, les insultes et les agressions, la réflexion serait la même. Et si les Français musulmans, par exemple, sont victimes de discrimination ou d’actes d’hostilité, les principes républicains sont tout autant mis en cause. Mais il se trouve qu’aujourd’hui, comme au moment de l’affaire Merah, ce sont bien les juifs de France qui se sont retrouvés dans le viseur des assassins, avec les journalistes et les policiers. Ce sont bien les juifs de France, aussi, qui sont la cible de cette intolérance nouvelle qu’on appelle «l’antisémitisme des banlieues». L’islamisme radical, outre la cruauté inouïe de ses méthodes, a depuis longtemps inclus l’antisémitisme dans ses fondements idéologiques, décorant sa doctrine d’une ignominie supplémentaire.
Une longue histoire relie les Français juifs et la République, depuis l’émancipation de 1791, le décret Crémieux de 1870, la grande bataille de l’affaire Dreyfus. Toujours, juifs et républicains se sont épaulés, soutenus, secourus. En 1940, Pétain abolissant la République au profit de l’Etat français y ajoute aussitôt le statut infâme imposé aux juifs de France, prélude à l’Holocauste. La République protège les minorités, donc les juifs. Cette alliance doit se rétablir. La manifestation de dimanche et les gestes symboliques prodigués par Manuel Valls et François Hollande ont commencé de la tisser de nouveau. C’est aussi le sens de l’immense rassemblement populaire : remettre la République sur ses bases, qui sont l’égalité et la tolérance. L’autre base, c’est la liberté. Une demande douteuse s’est exprimée, selon laquelle il faudrait mettre en œuvre un Patriot Act à la française. Funeste revendication. Outre qu’il a été de peu d’efficacité, le Patriot Act a fini par ternir la cause de la démocratie américaine. Autant il est légitime de renforcer les moyens matériels de la police et du Renseignement, autant tout ce qui pourrait ressembler à une législation d’exception n’aurait d’autre effet que d’affaiblir la légitimité des démocraties, qui doivent se défendre en respectant leurs propres principes. Les manifestants du 11 janvier n’ont pas exprimé leur peur, mais leur confiance dans nos valeurs communes. Ils doivent être entendus.

Laurent JOFFRIN


Réagissez à cet article

No Comments

Leave a Comment

More in Editorial
une surenchère absurde

EDITORIAL Les attaquants de Charlie et de l’épicerie casher se sont radicalisés...

Nous sommes tous, peu ou prou, accessibles au complotisme

Béquille intellectuelle   On peut y voir un réflexe de...

Le député Arnel Bélizaire veut-il se faire une santé politique?

Arnel Bélizaire, le député-délinquant qui déambule dans les manifestations de...

Le coup d’Etat anti-Lamothe, passera ou passera pas?

Appelé à répondre aux questions de Valéry Numa sur Vision...

Haiti-manifestation: un nouvel échec de l’opposition radicale

Le mardi 25 novembre, l’opposition a, une fois de plus, défilé...

Close