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ANALYSELors du discours sur l’état de l’Union, le Président s’est voulu offensif en faisant des propositions sociales, qui devraient cependant être bloquées par le Congrès aux mains des républicains.
Il lui reste deux années au pouvoir, et plus d’élection à perdre. Offensif, ancré dans ses valeurs sociales et démocrates, souhaitant fixer les termes du débat et construire sa postérité : voici le nouvel Obama, révélé depuis la débandade de son parti aux législatives de novembre, et tel qu’il est apparu lors de son sixième discours sur l’état de l’Union, mardi soir. «Depuis que les élections de 2014 ont fait basculer les deux chambres du Congrès sous contrôle des républicains, Obama semble avoir conclu que ses chances de compromis se sont évaporées», écrit le Los Angeles Times, après son intervention.
Libéré de telles tentatives stériles, le Président essaie de faire avancer son agenda coûte que coûte. Même si peu de ses propositions ont une chance d’aboutir, bloquées par un Congrès très polarisé. «Nous n’allons pas nous limiter à ce qui pourrait être accepté par le Congrès, car cela voudrait dire que ce seraient deux années très ennuyeuses», a dit Dan Pfeiffer, un conseiller de la Maison Blanche, dont les propos sont rapportés dans le Washington Post. Ainsi, le discours d’Obama sur l’état de l’Union s’adressait moins aux législateurs présents dans la salle qu’à sa base d’électeurs démocrates, qu’il souhaite remobiliser. En particulier en vue de la présidentielle de 2016.
«Robin des bois». Son axe principal était la défense des classes moyennes, et sa volonté, dans une Amérique de nouveau prospère – le chômage est revenu à son niveau d’avant 2008 et la croissance a atteint 5% au dernier trimestre -, de réduire les inégalités. Outre une hausse du salaire minimum, il a présenté une réforme fiscale, qualifiée de «Robin des bois» par le magazine Politico, consistant à accorder des crédits d’impôt aux familles de classes moyennes et des aides pour la petite enfance. Le tout financé par de nouvelles taxes sur les revenus du capital, les héritages et les banques.

Il souhaite aussi instaurer sept jours de congé maladie rémunérés – actuellement, 43 millions d’Américains en sont privés. «En mettant l’accent sur les difficultés de la classe moyenne (et, en arrière-plan, sur la problématique plus vaste des inégalités économiques), il a fermement introduit les questions de justice dans le débat politique, commente le New York Times.Il a choisi d’envoyer un message simple et fort sur la justice sociale, sur le fait que les plus aisés – les plus riches, les banques, la Silicon Valley – ont très bien réussi, tandis que la classe moyenne et ouvrière reste la tête sous l’eau.»

Face à ce programme, les républicains ont répliqué vivement, arguant que ces mesures laissaient peu de place à un compromis – et n’ont aucune chance de passer en l’état. «Pour tous les problèmes, la solution de ce président, c’est “plus d’impôts, plus d’Etat”», a raillé Ted Cruz, un sénateur républicain membre du Tea Party. «C’est une opportunité manquée, a regretté Richard Burr, autre sénateur républicain, dans le New York Times.Quand on commence sans aucune volonté de faire un pas en avant sur des sujets qui ont été débattus depuis longtemps, cela laisse très peu d’espoir.»

D’autant que le Président a affirmé qu’il utiliserait son pouvoir de veto pour contrer toutes les lois qui détricoteraient son bilan ou iraient à l’encontre de sa vision. C’est le cas, par exemple, du projet de loi autorisant le mégapipeline Keystone, qui doit permettre le transport de pétrole canadien issu de sables bitumineux vers le golfe du Mexique. Ou concernant de nouvelles sanctions contre l’Iran, que les républicains souhaitent instaurer – des mesures qui, selon Barack Obama, saborderaient les négociations sur le nucléaire engagées avec ce pays.

«Prudent». En matière de politique étrangère, Barack Obama a aussi voulu montrer son leadership et dépasser cette image de président en retrait qu’il avait pu donner à différentes reprises – lorsque la Syrie a employé des armes chimiques, face au coup d’Etat en Egypte ou lors de la crise en Ukraine. Il a centré son message sur le rétablissement des relations diplomatiques avec Cuba et son souhait de mettre fin à l’embargo, un processus déjà initié – sans doute l’action la plus spectaculaire de sa présidence en matière de politique étrangère.

Le président américain a aussi appelé le Congrès à voter une résolution autorisant l’usage de la force contre l’Etat islamique. «On l’accusait de renoncer au rôle de leadership de l’Amérique, et cela s’est cristallisé lorsqu’un de ses conseillers avait émis l’idée qu’il “dirigeait de l’arrière”. Avec ce discours sur l’état de l’Union, Obama a essayé de renverser cette image, se posant comme un intendant prudent de l’ordre du monde, un maître de la diplomatie patiente et un vainqueur face à ceux qui fanfaronnent en lui conseillant un usage immodéré de la force militaire», analyse Politico. Le ton pour la campagne de 2016 est déjà donné.


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